STRANGE : L'interview

En ce mois de Janvier 2007, Strange renaît de ses cendres sous l'impulsion d'Organic Comics. Voici l'interview de Jean-Yves MITTON et REED MAN.


STRANGE : Tout d'abord, pour ceux qui ne le connaissent pas, pouvez-vous nous présenter le nouvel éditeur de MIKROS ainsi que son équipe ?

Jean-Yves MITTON : Je ne connais pas l'équipe de Reed Man avec laquelle il réalise souvent des "performances" en direct devant le public. J'espère les rencontrer un jour, d'autant plus que ce genre de spectacle graphique me semble un formidable complément aux Festivals BD.

Reed Man : Organic Comix est une association d'auteurs, outre les performances BD dont Jean-Yves parle, nous avons réalisé plusieurs comix indépendants, comme REPTILE, THE PACT et THE ATOMICS. "KAOS : Politiquement Incorrect" (le one-shot des aventures de Mikros avec Jean-Yves MITTON au scénario et REED MAN au dessin [Eric-Thor]) sera réalisé par Organic Comix et co-produit par Univers Comics et Spootnik Studio.

En quoi consiste ces "Performances" ?
R.M. : Le groupe de dessinateurs masqués réalise des comic-strips de 2 M x 10 M en public et généralement scénarisés avec des spectacles vivants. Depuis 1990, nous avons fait plus de 300 épisodes live et des centaines de peintures à travers une dizaine de pays.

Avant son relaunch dans le magazine "THE ATOMICS", MIKROS est apparu en guest-star dans la série FANTASK FORCE (une série dérivée de l'univers de Mikros, par Reed Man himself). Est-ce suite à cette apparition qu'une collaboration est née entre vous ?
JY M. : J'ai rencontré Reed fortuitement lors d'un Salon à Toulouse. Apprenant que nous vivions dans la même région et que nous partagions la même passion du Comics, nos relations se sont fortifiées. J'ai apprécié le trait de Reed proche de Kirby, et lui était un fan de Mikros. Pour me convaincre d'une collaboration, je lui ai laissé reprendre le Gondolier Noir apparu dans quelques anciens épisodes. C'était très bon. De fil en aiguille, l'idée nous est venue de ressusciter mon Super-Héros en réalisant ensemble un inédit de 62 pages actuellement en cours d'élaboration.
Nous avions d'abord songé à faire paraître cet inédit périodiquement, par tranches de 8 planches aux côtés de THE ATOMICS, avec le projet d'en tirer une compilation dès la série terminée. Il s'est avéré que cette formule, très coûteuse tant dans la fabrication que dans la diffusion, n'était pas la plus judicieuse. Les périodiques d'aujourd'hui n'ont plus le vent en poupe comme dans les années 70-80, surtout s'il sont privée d'une diffusion en Presse. L'engouement du lecteur de Comics, à l'instar de tous les genres BD, se porte maintenant sur le récit complet, formule one-shot. D'où ce choix d'un album intitulé MIKROS : Kaos, Politiquement Incorrect dans lequel le trio insectoïde, rappelé d'urgence sur Terre, va lutter contre le Terrorisme Islamique de Ben Laden manipulé par une force E.T. nommée KAOS.

Donc, MIKROS, suite à l'arrêt du magazine The Atomics, sortira sous forme d'album. Pouvez-vous déjà nous révéler sous quel format il sera publié et surtout quand et comment pourrons-nous l'acheter ?
JY M. : Le format sera le même que le magazine (24.5 X 16) et la diffusion d'abord restreinte tournera autour de 2000 exemplaires en librairie et par souscription. La parution est prévue en Janvier (ce sera finalement fin Février 2007 [Eric-Thor]).

Revenons un instant sur FAntask'Force, pensez-vous réaliser un crossover entre cette série et Mikros plus ou moins long terme ?
R.M. : Pour l'instant notre objectif est de ne pas manquer la sortie de Kaos pour pouvoir ensuite réaliser les 2 autres albums que Jean-Yves a imaginés dans sa continuité. Si un support éditorial se présente, l'idée d'un épisode Mikros versus Fantask'Force me dirait bien. J'ai nombre d'idées pour le développer.

Comment se déroule le travail entre vous ?
JY M. : Sans aucun problème. Nous nous accordons d'une manière très professionnelle. Je réalise un story-board dialogué dont Reed s'inspire. Nous n'avons aucun intermédiaire puisqu'il réalise aussi, avec sa femme Elodie, la couleur et le lettrage tout en supervisant la fabrication. N'oublions pas que tous deux lettrent et colorisent avec talent la série Le Dernier Kamikaze que j'écris pour Félix Molinari aux Editions Soleil. Je suis sûr que notre collaboration a de l'avenir. En tout cas, c'est ce que je souhaite.

R.M. : Le story-board de Jean-Yves est très précis et me permet de bâtir le dessin directement à partir de ses croquis. De cette façon, je m'approche plus du style de Mikros et cela me permet de progresser en dessin.

Qu'est-ce qui vous a motivé à faire revenir Mikros vingt ans après le dernier numéro ?
JY M. : Depuis ce dernier Titans, beaucoup d'anciens lecteurs me parlent de Mikros avec enthousiasme lors de nos rencontres dans les Festivals BD. Certains réclament une réédition. Cette tentative a eu lieu sur deus épisodes chez Sang d'Encre. C'était du noir et blanc formule périodique, vouée à l'échec (voir plus haut). Et puis les nostalgiques ne sont pas toujours de bons acheteurs. Projeter une réédition sous forme de compilations coûte cher, surtout si le lettrage, les dialogues et les couleurs, aujourd'hui démodés, doivent être réactualisés. Les films se sont perdus dans le bordel final des Editions Semic, mais j'ai conservé tous les originaux. Je pourrais éventuellement envisager une réédition si les ventes du prochain inédit sont bonnes. Ce sera l'indice qu'un public Mikros peut être mobilisé 20 ans après.

R.M. : En fait j'ai réalisé des planches qui mettaient en scène Photonik, Mikros et Wampus dès la fin des années 80. C'était loin d'être pro, mais avec quelques tests de couvertures, cela m'a permis de pousser la porte de chez Lug pour un premier contact. L'arrivée des super-héros américains sur les grands écrans a dynamisé un marché qui perdait du jus. Cela a permis à Semic et Organic Comix de ressortir pas mal de créations anciennes ; les caleçons fluo ne se démodent pas.

Si le succès est au rendez-vous de ce premier album, avez-vous déjà prévu une suite ?
JY M. : Oui. Et éventuellement écrire et dessiner un album moi-même, parallèlement à la production de Reed. Mais comme je vous l'ai dit, tout dépendra du succès de ce one-shot.

En plus de cet album de Mikros, quels sont vos autres projets ?
JY M. : Toucher ma retraite le plus longtemps possible ! Mais j'ai toujours des projets dans mes tiroirs, pour moi ou destinés à d'autres dessinateurs. Ma porte est ouverte et la boîte à idées aussi. Dans l'immédiat, je scénarise plusieurs auteurs et je termine le dernier album de la série QUETZALCOATL chez Glénat.

R.M. Elodie Ant et moi réalisons les couleurs de Rahan, Apatrides et Forg dans Pif Gadget et celles du Dernier Kamikaze, et comme vous le découvrez dans ce numéro Tom Scioli et moi avons l'intention de sortir un album de The Myth of 8-Opus dans le même format que Kaos. J'ai également quelques projets à dessiner, à suivre...

En tant qu'auteurs, que pensez-vous de l'évolution monopolistique du marché des comics en français ?
JY M. : Je suis inquiet quant au marché actuel du Comics "made in France". Il est bouffé par le Manga qui a rempli les vides de la BD Presse populaire. Le dessin de la plupart des auteurs français est souvent -au mieux amateur, ce qui laisse un espoir de progression- au pire très médiocre. Les scénarii sont indigents, peu impliqués dans le quotidien hexagonal et social. Trop de fantastique, d'irrationnel et d'effets spéciaux dus à un abus de l'outil informatique. Il faut aussi préciser que ces travaux sont très mal rémunérés... Quand ils le sont ! Il ne faut jamais bosser sous licence américaine : les contrats, quand il y en a, sont léonins et frisent l'illégalité. Les droits d'auteur sont inexistants. Je suis allé chez Marvel, à New-York. J'ai rencontré et parlé avec beaucoup d'artistes de la maison. Ils envient notre travail artisanal et nos statuts professionnels. Ils déplorent leur boulot à la chaîne exécuté en atelier où seules quelques rares vedettes s'en sortent. Je les plains, car la BD américaine est coincée dans le Comics sans avoir trouvé une large palette de genre comme dans nos productions franco-belges. Il n'y a pas aux States de Hollywood de la BD. Pour une fois, dans ce secteur en tout cas, l'Amérique n'est pas un paradis !

R.M. : Je pense que les labels indépendants ont énormément progressé ces dernières années, et pas forcément dans le super-héros. Nous aurons de bonnes surprises dans les mois à venir.

Le statut des artistes américains a quand même beaucoup évolué depuis la création d'Image Comics dans les années 90. Ils peuvent désormais rester propriétaire de leur création et avoir une diffusion comparable à cettes des Big Two...
R.M. : Il y a un progrès en effet mais la plupart du temps les éditeurs comme Image qui bossent avec les droits d'auteurs ne proposent aucune avance, donc si un projet capote en cours de réalisation, l'auteur ne sera pas payé !
Avant de nous séparer, pouvez-vous révéler à nos lecteurs quels sont pour vous le ou les comics indispensables ?
JY M. : Je pense que Spider Man reste et restera longtemps le modèle du genre, surtout lors de ses origines, quel que soit le dessinateur ou le Super Vilain qu'on lui oppose. Tout y est : Héros étudiant et urbain à transformation, vulnérable, incompris par les siens et surtout par son éternelle fiancée, impliqué socialement voire politiquement, avec mise à profit de l'architecture et de la mentalité New-Yorkaise. A croire que cette fabuleuse mégapole verticale a été créée pour les Super-Héros. Laissons l'Amérique aux Américains. Ils ont suffisamment de talent pour exalter et entretenir leurs mythes, et n'ont pas besoin des nôtres. A nous, français, de savoir répliquer de tels héros dans notre ambiance hexagonale. Je crois qu'il y a là matière et que c'est notre vrai défi d'auteurs BD passionnés de Comics. Chiche ?

 

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